Les nuits d’El Abdellia de La Marsa, Mâquâmet de Sonia M’barek PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Khaled TEBOURBI (jetsetmagazine) on Mardi, 02 Septembre 2008 04:32   

«Comme retrouver nos andalousies»
Retour au bercail confirmé pour Sonia M’barek. Et de quelle belle façon !
Avec des Mâquâmet qui fleuraient bon la Méditerranée… et «Nos andalousies perdues…»
Nous avons déjà bien du mal à intéresser les lecteurs à nos écrits festivaliers, or voila qu’en plus, la télévision s’en mêle, ajoutant ses directs de «la Médina» puis, ce samedi, Mâquâmet de Sonia M’barek qui inaugurait Les Nuits d’El Abdellia de La Marsa.

Embarras donc : puisque tout le monde a vu et probablement apprécié comme nous, qu’en dire vraiment de plus ?
Un ami de Zaghouan nous a même envoyé un SMS: «Toute la ville est accrochée à Sonia», écrit-il. Et d’ajouter dans une bonne inspiration : «Pour nous tous, ici, ce chant est comme une reconquête de nos andalousies perdues».
En fait, la prestation de Sonia M’barek, disons le travail qu’elle a proposé samedi avec son orchestre de jeunes surdoués de l’ISM (les excellentissimes frères Gharbi en particulier) et son duo de choristes (étonnante polyphonie à deux !), suggérait nombre d’autres commentaires. Des bons, entendons-nous bien d’emblée.

Un mot, un seul : plaisir
Contents d’abord du retour au bercail de Sonia. Sincèrement, malgré toutes les assurances qu’elle donnait à la direction du festival de la musique, on ne la sentait pas bien dans ces tâches administratives, si radicalement éloignées de la nature des arts et des artistes.
Sonia M’barek bureaucrate ? allons donc ! Encore si cela avait été «un pis-aller», on aurait compris. Mais avec cette voix veloutée, colorée, ce background musical de choix, ce chant, qui plus est, sans cesse nourri aux savoirs et aux répertoires, le mieux est (le mieux était) de laisser ‘‘la corvée’’ à d’autres, dont la vraie gloire, au contraire, eût été de ne point chanter.
Heureux ensuite de constater que cette voix et ce chant de haut niveau restent à la même hauteur. C’est-à-dire vissés à la tonalité (justesse absolue), truffés des mêmes beaux agréments : mélismes, trilles, intervalles, cadences en pointe, cadences en basse, enchaînements enroulés, crescendos, décrescendos. L’éventail des grands pour tout dire. Et un exemple qui n’enlève rien au mérite des autres morceaux : la «wassla» du début (signée Fathi Zghonda). Le spectacle a pour nom «Mâquâmet», disons que la musique créée dans cette suite a pratiquement fait le tour des principaux modes du mouachah andalou (Hjaz, Sika, Nahwand, Jaharka, ainsi que tout ce qui pouvait leur faire relais, les «naghamet de famille»). Un mot, rien qu’un mot à propos de cette wasla : plaisir ! Textes et mélodies portés par une rythmique tout en contrastes, allant du samaï à l’aqsaq (pure souche orientale) au syncopé maghrébin. Plus, observe notre ami de Zaghouan : «Ces sonorités et ces accents d’une Méditerranée qui chante et danse encore malgré les barbaries qu’ils assaillent de toutes parts…».

La Méditerranée en partage
Andalousie, Méditerranée: les Mâqâmets de Sonia M’barek ont visiblement privilégié ces aspects de notre musique par rapport à d’autres, tout aussi présents et importants.
L’Andalousie évoque beaucoup plus «le mouachah omeyyade» que le malouf tunisien. Quand ils ont débarqué chez nous, les Sévillans ont, contrairement à ce qu’ont fait les émigrés de Grenade en Algérie et au Maroc, intégré les musiques autochtones, celle spécialement des confréries populaires et des mausolées. Résultat : notre malouf fleure peu le «mouachah d’Arabie et du Chem», étant moins indolent, plus percussif, alors que «la sanaâ d’Alger, le Gharnati de Tlemçen et la âla de Tétouan» sont plus proches des origines, basés sur la lancinance et la nostalgie.
La Méditerranée musicale unit, elle, les peuples riverains du sud davantage autour des traditions modale et instrumentale.

Le modal, ce sont les gammes majeures et mineures que nous partageons avec l’Occident.
Et l’instrumental c’est la conséquence de cette parenté. en raison des tons complets (et en l’absence des quarts et des demis qui règnent dans notre rasd, nos sika et bayati) la guitare, le piano et autres cuivres peuvent s’en donner à cœur joie. Les chants peuvent se confondre aussi. Sonia M’Barek a chanté samedi une traduction française de Ya hob de Chebbi. Superbe moment. De même qu’une version hispanique de Hobbi yidjedded de Hédi Jouini. Mais l’inverse aurait été possible pour des chanteurs français ou espagnols, à tolède comme à Dunkerque. C’est cela qui lie les peuples de la rive : ce partage à tout jamais possible d’une culture, ce goût commun et permanent pour la même musique et le même chant.

Très beau concert où nous fûmes encore ravis de réécouter (il faut le mentionner !) le petit chef-d’œuvre de Abdelhakim Belgaïed Ya droub el hayet (le joyau d’une carrière, il n’y a pas à dire), ainsi que des compositions de Sonia M’Barek elle-même (belles trouvailles !).
Sonia M’Barek était, de nouveau, sur les scènes ces derniers temps. Qu’elle y reste, de grâce ! Au bonheur de tous ceux qui prêtent encore écoute au vrai chant.

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